Sous le poids d’une chaleur intense, la Tunisie en proie à des coupures d’électricité qui attisent la colère des citoyens

Le thermomètre s’affole et les visages se crispent. Dans les rues de Tunis, l’air semble s’être transformé en une masse solide, brûlante, presque irrespirable. Avec des pointes à 47°C dans la capitale et des sommets atteignant 49°C à Kairouan, la chaleur intense qui frappe la Tunisie ne se contente plus d’être une simple épreuve météorologique : elle devient le catalyseur d’une crise sociale profonde. Les citoyens, déjà éprouvés par un contexte économique tendu, doivent désormais composer avec des coupures d’électricité répétées qui transforment leur quotidien en un véritable parcours du combattant. On ne parle plus ici de simples désagréments passagers, mais d’une rupture brutale du confort élémentaire au moment où il est le plus vital. Imaginez un instant devoir choisir entre l’obscurité totale et une étuve étouffante alors que le soleil refuse de décliner.

Le dôme de chaleur et l’épreuve du quotidien tunisien

Ce phénomène n’est pas le fruit du hasard, mais bien la conséquence d’un dôme de chaleur qui s’est installé durablement sur le sud de la Méditerranée. Cette zone de haute pression tropicale emprisonne l’air chaud au sol, créant un effet de serre naturel démultiplié. Pour Mariem, habitante de Bhar Lazreg, cette réalité n’a rien de théorique. Sans climatiseur et avec un ventilateur désormais muet à cause de la pénurie d’électricité, elle en est réduite à dormir à même le carrelage pour capter un soupçon de fraîcheur. Ses conseils à son fils, comme celui de dormir avec une bouteille d’eau congelée sur la poitrine, illustrent le désarroi d’une population qui se sent abandonnée par ses infrastructures. On est loin des discours techniques sur la résilience climatique quand la priorité absolue est simplement de ne pas succomber à une insolation dans son propre salon.

Les conversations dans les cafés ou sur les réseaux sociaux ne tournent plus qu’autour d’un seul sujet : quand la lumière va-t-elle s’éteindre ? La peur de rester coincé dans un ascenseur est devenue une angoisse collective, modifiant même les habitudes de déplacement. Dans les commerces, l’ambiance est tout aussi morose. Une employée de pâtisserie à Tunis confie, dans la pénombre de sa boutique, que ses gâteaux s’étiolent à vue d’œil. Sans froid, la marchandise périt, et avec elle, le fruit de journées entières de travail. Cette canicule agit comme un révélateur des fragilités d’un système où le moindre grain de sable thermique peut gripper toute la machine économique et domestique. La colère des citoyens gronde, alimentée par l’impression que ces interruptions ne sont pas réparties de manière équitable sur le territoire.

Le tableau suivant permet de visualiser l’ampleur des écarts thermiques relevés durant cette période critique :

Ville / Région Température relevée (°C) Impact sur le réseau
Tunis (Capitale) 47°C Surcharge critique, délestages fréquents
Kairouan 49°C Pics de consommation records, coupures d’eau
Tozeur 48°C Maintenance d’urgence, réseau saturé
Sousse (Zone touristique) 45°C Priorisation des infrastructures hôtelières

Au-delà des chiffres, c’est la santé publique qui est en jeu. Le cardiologue Dhaker Lahidheb a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme en demandant une grâce pour raisons climatiques pour certains détenus souffrant de pathologies chroniques. Dans des cellules non adaptées à une telle chaleur intense, la détention se transforme en une peine potentiellement mortelle. Cette situation exceptionnelle pousse les limites de l’acceptable et oblige chaque acteur, du simple citoyen au décideur politique, à reconsidérer sa gestion de l’urgence. La transition vers des solutions plus autonomes devient une nécessité, comme l’importance de l’ autoconsommation électricité solaire pour réduire sa facture et gagner en indépendance face à un réseau national défaillant.

la tunisie souffre de fortes chaleurs et de coupures d’électricité récurrentes, provoquant une montée de la colère parmi les citoyens.

L’angoisse du délestage et la gestion de l’urgence par la STEG

La Société tunisienne de l’électricité et du gaz, plus connue sous l’acronyme STEG, se retrouve au cœur de la tempête. Pour éviter un black-out total, une coupure généralisée qui plongerait tout le pays dans le noir et pourrait endommager gravement les infrastructures, elle a recours au « délestage ». Ce terme, autrefois technique, fait désormais partie du vocabulaire courant des Tunisiens. Il s’agit de couper volontairement l’alimentation dans certaines zones pour soulager les réseaux électriques. Mais concrètement, comment expliquer que la demande explose à ce point ? Le PDG de la Steg, Faycel Trifa, pointe du doigt l’utilisation massive des climatiseurs, devenus indispensables pour survivre à ces températures. La consommation nationale a atteint des sommets historiques, dépassant les 6 000 mégawatts, un record qui met en lumière l’obsolescence de certains équipements de production.

Il ne s’agit pas seulement de produire plus, mais de transporter cette énergie. Le réseau tunisien, bien que maillé, souffre d’un manque criant d’entretien et d’un sous-dimensionnement chronique. Les câbles chauffent, les transformateurs saturent et les pannes se multiplient. Les experts s’accordent à dire que la consommation progresse bien plus vite que les investissements dans la production. Pour un ingénieur, c’est un peu comme essayer de faire passer un éléphant par le chas d’une aiguille : le tuyau est tout simplement trop étroit pour le flux qu’on tente d’y injecter. Cette inadéquation entre l’offre et la demande crée une tension permanente, exacerbée par le fait que la Tunisie dépend encore largement du gaz naturel, une ressource dont le prix fluctue et dont la production locale décline.

Les répercussions économiques d’un réseau à bout de souffle

L’économie tunisienne, déjà fragile, subit de plein fouet ces problèmes énergétiques. Dans les zones industrielles de la banlieue sud de Tunis, les machines se sont tues. Pour un industriel, une coupure d’électricité imprévue n’est pas seulement une perte de temps, c’est une perte financière sèche. Les processus de production interrompus entraînent souvent la perte de matières premières et des retards de livraison impossibles à rattraper. L’organisation patronale Conect a exprimé son mécontentement face au manque de précision des annonces de la STEG. Sans calendrier clair des coupures, les entreprises ne peuvent pas s’organiser, ce qui paralyse des secteurs entiers de l’économie. On ne peut pas demander à une usine de fonctionner au petit bonheur la chance, selon le bon vouloir d’un réseau instable.

Le petit commerce n’est pas épargné. Prenez l’exemple de ce boucher de quartier qui regarde son frigo avec une anxiété palpable. À chaque baisse de tension, le moteur de ses équipements émet un gémissement sinistre, signe précurseur d’une panne coûteuse. Si la chaîne du froid est rompue, c’est tout son stock qu’il devra jeter. Les manifestations de colère qui éclatent ici et là ne sont pas uniquement politiques ; elles sont le cri de détresse de professionnels qui voient leurs outils de travail menacés. La frustration est d’autant plus grande que les factures d’électricité, elles, ne cessent d’augmenter, sans que la qualité du service ne suive cette courbe ascendante. Le sentiment d’injustice grandit face à une situation qui semble se répéter année après année, sans solution pérenne à l’horizon.

Voici une liste des principaux secteurs impactés par cette crise énergétique :

  • L’agroalimentaire : Rupture de la chaîne du froid et perte de denrées périssables.
  • L’industrie manufacturière : Arrêts de production et dommages aux équipements sensibles.
  • Le tourisme : Dégradation du confort des clients dans les hôtels et image de marque écornée.
  • La santé : Risques accrus pour la conservation des médicaments et le fonctionnement des cliniques.
  • Le commerce de détail : Baisse du temps d’ouverture et pertes de marchandises.

Pour beaucoup de professionnels, l’installation de solutions de secours est devenue une priorité absolue. Comprendre comment un système de découplage back-up solaire assure la continuité en cas de coupure du courant réseau est désormais une compétence de survie pour les entrepreneurs tunisiens. Cette autonomie permet non seulement de protéger les équipements fragiles, mais aussi de maintenir une activité minimale, même lorsque le réseau national abdique sous le poids de la surchauffe.

Une infrastructure vieillissante face aux défis du réchauffement climatique

La situation actuelle met en lumière les limites d’un modèle énergétique centralisé et vieillissant. Héla Tlili, économiste et experte en énergies renouvelables, souligne que la Tunisie possède pourtant un potentiel solaire et éolien exceptionnel. Pourquoi alors ce retard ? Le verrou est en partie financier. Passer d’un modèle basé sur les hydrocarbures à un système diversifié demande des investissements massifs que le pays peine à mobiliser. Pourtant, le coût de l’inaction est déjà là : il se mesure en milliards de dinars de pertes économiques et en une tension sociale qui ne demande qu’à exploser. Le réseau électrique tunisien est comme une vieille voiture à qui l’on demande de faire un rallye dans le désert par 50°C ; sans révision profonde, la casse est inévitable.

L’entretien des lignes et des centrales est aussi un point de friction. Le manque de pièces de rechange et de personnel qualifié pour des interventions rapides aggrave la durée des coupures. Lorsque le voisin algérien subit lui aussi une panne géante, comme cela a été le cas récemment, l’interconnexion des réseaux, censée être une sécurité, devient un vecteur de propagation de la panne. Cette solidarité énergétique régionale montre ses limites quand tous les pays sont touchés simultanément par la même canicule extrême. Il ne suffit plus de compter sur l’importation ou sur l’aide du voisin ; la Tunisie doit impérativement sécuriser sa propre souveraineté énergétique par une décentralisation de la production.

Vers un changement de paradigme énergétique nécessaire

Il est temps de sortir de la logique du « toujours plus » de production pour entrer dans celle de la « gestion intelligente » de la demande. La Tunisie ne pourra pas indéfiniment construire de nouvelles centrales à gaz pour répondre à des pics de consommation qui ne durent que quelques semaines par an. Le véritable défi, comme le souligne Héla Tlili, réside dans le stockage. Produire de l’énergie solaire en journée est une chose, mais pouvoir la réinjecter la nuit ou lors des pics de chaleur quand le soleil commence à décliner mais que la chaleur persiste est le nœud du problème. L’utilisation de batteries à grande échelle et le développement de réseaux intelligents (smart grids) permettraient de lisser la charge et d’éviter ces délestages sauvages qui exaspèrent la population.

L’incitation à la rénovation thermique des bâtiments est une autre piste sérieuse. En Tunisie, la plupart des habitations sont des « passoires thermiques » qui emprisonnent la chaleur, obligeant les résidents à pousser leurs climatiseurs au maximum. Une meilleure isolation permettrait de réduire drastiquement la demande de pointe. C’est ici que mon expertise d’ingénieure me fait dire qu’on ne peut pas régler un problème énergétique sans regarder l’enveloppe du bâtiment. Moins on a besoin de rafraîchir, moins on pèse sur le réseau. C’est un cercle vertueux qui demande une volonté politique forte et des aides ciblées pour les ménages les plus modestes, afin qu’ils ne soient pas les seuls à subir le poids de cette chaleur intense sans moyens de protection.

Le futur de l’énergie en Tunisie passera inévitablement par une implication plus forte du secteur privé et des citoyens eux-mêmes. En permettant à chaque foyer de devenir son propre producteur, on allège la pression sur la STEG. Cette transition n’est pas seulement écologique, elle est sécuritaire. Dans un monde où les vagues de chaleur vont devenir la norme et non plus l’exception, l’indépendance énergétique est le seul rempart contre le chaos social. La colère des citoyens est un signal d’alarme qu’il serait dangereux d’ignorer. Transformer cette crise en opportunité de modernisation est le défi majeur de la décennie. En attendant, les Tunisiens continuent de guetter le moindre souffle d’air, espérant que la lumière ne s’éteindra pas une fois de plus ce soir.

Pourquoi les coupures d’électricité sont-elles si fréquentes en été en Tunisie ?

La demande explose à cause des climatiseurs, dépassant la capacité de production et de transport d’un réseau vieillissant. La STEG pratique le délestage pour éviter une panne générale totale.

Qu’est-ce qu’un délestage technique ?

C’est une interruption volontaire et contrôlée de la fourniture d’électricité dans certaines zones pour équilibrer l’offre et la demande et protéger l’infrastructure nationale contre une surcharge.

Comment se protéger des conséquences économiques des coupures ?

Les entreprises investissent de plus en plus dans des générateurs ou des systèmes solaires avec stockage (batteries) pour maintenir leurs équipements critiques en marche lors des interruptions.

Quelles solutions à long terme pour la Tunisie ?

Le pays doit accélérer sa transition vers le solaire et l’éolien, investir massivement dans le stockage d’énergie et améliorer l’efficacité thermique des bâtiments pour réduire la demande globale.

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